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dimanche 18 novembre 2018

Les loyautés

de Delphine de Vigan,
paru en 2018, aux éditons JC Lattès

Résumé : "Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d'innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révèlerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ?"

"Les coups je les ai reçus et le secret je l’ai gardé jusqu’au bout. J’ai trente-huit ans et je n’ai pas d’enfant. Je n’ai pas de photo à montrer, ni prénom ni âge à annoncer, pas d’anecdote ou de bon mot à raconter.
J'abrite en moi-même, et à l’insu de tous, l’enfant que je n’aurai pas. Mon ventre abîmé est peuplé de visages à la peau diaphane, de dents minuscules et blanches, de cheveux de soie."

Mon avis : Encore une fois Delphine de Vigan nous raconte une histoire avec des personnages (très) écorchés par la vie. Il s'agit d'un roman à quatre voix où au fil des chapitres s'alternent les récits et les vies des différents protagonistes : deux jeunes adolescents, Théo et Mathis, qui vont toujours plus loin dans l'interdit, une professeure qui se demande comment aider Théo à s'en sortir et la mère de Mathis qui doit faire face à ses problèmes à elle… 
Vous trouverez dans ce roman beaucoup de suspens, comme sait si bien le créer Delphine de Vigan, de l'émotion, de l'amitié et de la solidarité. 
Bref, je n'en dirai pas plus sur ce roman qui est bluffant par son efficacité. Lisez-le ! 

vendredi 17 août 2018

No et moi

de Delphine de Vigan,
paru en 2007, aux éditions Lattès
Résumé : Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu'elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur.
Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes.
Jusqu’au jour ou elle rencontre No, une jeune fille a peine plus âgée qu’elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin.
Mais nul n’est à l’abri.

"On est capable d'envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l'espace, d'identifier un criminel à partir d'un cheveu ou d'une minuscule particule de peau , de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d'informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue."

Mon avis : Delphine de Vigan dénonce tout au long de son roman la condition des SDF et les difficultés rencontrées pour arriver à sortir de la rue.
Les personnages de ce roman sont vraiment très touchants. Lou, No, Lucas, le couple Bertignac et bien d'autres encore, tous les personnages ont été malmenés par la vie. 
La magnifique amitié entre Lou et No est très forte et permettra à chacune de se (re)construire et d'avancer.
C'est une lecture coup de poing dont on voudrait continuer encore et encore la lecture.

lundi 30 janvier 2017

Les heures souterraines

de Delphine de Vigan,
paru en 2009, aux édition JC Lattès


Résumé : Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit.

"Mathilde a pensé que la compassion n'avait lieu qu'au moment où l'on se reconnaissait dans l'autre, au moment où l'on prenait conscience que tout ce qui concernait l'autre pouvait nous arriver, exactement, avec la même violence, la même brutalité. 
Dans cette conscience de ne pas être à l'abri, de pouvoir descendre aussi bas - et seulement là - la compassion pouvait survenir. La compassion n'était rien d'autre qu'une peur pour soi-même."

Mon avis : Delphine de Vigan nous plonge dans une critique des sociétés déshumanisées à travers la quotidien de deux personnages brisés par leur travail et leur entourage. 
Thibault est médecin dans une ville où il côtoie le quotidien de gens seuls en quête d'un peu d'attention, alors qu'il cherche à se remettre lui-même d'un chagrin amoureux qui le consume à petit feu. Mathilde quant à elle se retrouve sans savoir réellement pourquoi souffre douleur de son patron qui va jusqu'à l'ignorer totalement et ne lui confit plus aucune tâche dans son travail. 
Toute l'histoire se passe durant la journée du 20 mai, date à laquelle quelque chose devrait changer dans la vie de Mathilde d'après les dires d'une voyante...

"Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s’effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants."

On reste scotché à ce roman pour savoir si Mathilde arrivera à se rebeller, à arrêter ce processus destructeur dans lequel elle plonge inexorablement. 
Ce roman sur le monde de l'entreprise est à découvrir ou à faire découvrir à tous !!! 

dimanche 20 mars 2016

Rien ne s'oppose à la nuit

De Delphine de Vigan, aux éditions JC Lattès, paru en 2011

Résumé : « La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. 

La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. 

Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » 


Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.


"L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire."


Mon avis : Je viens de finir de lire Rien ne s'oppose à la nuit et j'en suis chamboulée, perdue dans la vie de Delphine de Vigan, dans les souvenirs qu'elle a de sa mère et du besoin de comprendre la maladie, le viol, le suicide... L'auteure nous fait partager ici la vie de Lucile en trois étapes : son enfance, les débuts de sa bipolarité et l'origine de ce mal et enfin la reconstruction avant l'ultime drame. 
Avec ce roman Delphine de Vigan tente de comprendre les nombreux maux de sa mère, personnage torturé que la vie n'a pas épargnée. La vie de Lucile avait pourtant très bien commencé au milieu d'une fratrie nombreuse et de parents aimant bien qu'un peu distant. Mais la mort accidentelle d'un de ses frères va remettre en question le modèle familial. La naissance de Tom, petit dernier de la fratrie, trisomique, viendra apporter de nouveau de la joie dans ce foyer éprouvé. Cependant une série d'événements va finir par détruire Lucile et son entourage : une triste série de suicides dans la famille, le viol qu'elle a subi par son propre père qui va déclencher sa bipolarité et tout ce qui va en découler, la drogue, les hôpitaux psychiatriques, les nombreux amants instables, ...

 
"Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la psychogénéalogie ni aux phénomènes de répétition transmis d'une génération à une autre qui passionnent certains de mes amis. J'ignore comment ces choses (l'inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent.
Le fait est qu'elles traversent les familles de part en part, comme d'impitoyables malédictions, laissent des empreintes qui résistent au temps et au déni."


C'est un roman que je voulais absolument découvrir, il a reçu le Prix Renaudot des lycéens 2011, le Prix roman France télévision 2011 et le Grand Prix des lectrices de Elle 2012. 

C'est une auteure qui m'intrigue que je vais continuer de lire.